Addiction aux médicaments

Source : Fondation Phenix (Suisse)

Addiction aux médicaments
Ce que propose la Fondation Phénix

La pharmacodépendance peut être soignée efficacement, pour autant que le malade accepte l’aide apportée. Une longue période de déni peut reporter cette acceptation, déni souvent accentué par la peur du sevrage. A ce stade ce sont plutôt les proches du malade qui viennent se renseigner .

Quand le malade nous consulte, une évaluation globale de son problème est d’abord faite en commun. Il est important de reprendre l’historique du problème dès le début afin de prévenir au mieux les complications du sevrage. Cette période de réflexion avec le malade (son accord de pouvoir collaborer avec son médecin traitant nous est précieux) permet d’établir un lien de confiance, une meilleure motivation et l’assurance nécessaires pour le bon déroulement du traitement. Le sevrage du médicament addictif est très progressif et se passe sous haute surveillance médicale. Une médication concomitante est administrée afin de réduire le risque de complications liées au sevrage : inconfort physique, insomnie, anxiété, convulsions, risque suicidaire, risque de décompensation psychique. Dans certaines situations à critères bien définis, une hospitalisation transitoire (organisée en collaboration avec nos partenaires) est nécessaire.

Dès le début, nous proposons un accompagnement psychologique, ainsi que des séances d’information, de l’enseignement des méthodes de relaxation et de la gestion du stress. Ce soutien se poursuit à long terme, dans le but de prévenir une éventuelle rechute. En cas de réapparition des symptômes qui ont conduit à la prescription de départ, une solution, autre que la reprise du médicament à problème, est envisagée. Une collaboration avec nos différents partenaires (consultation de la douleur, consultation de l’école du dos, physiothérapeutes, diététiciens, autres) peut s’avérer utile le cas échéant.

Certaines classes de médicaments à effet psychotrope peuvent, sous certaines conditions, induire dans le système nerveux central des mécanismes biologiques qui se traduisent par des conduites addictives. Elles sont ainsi responsables de la pharmacodépendance (pharmaco-addiction).
Définition, risques et effets

Comment peut-on arriver à une dépendance, voire addiction aux médicaments ?

Le médicament à potentiel addictif est le plus souvent prescrit par le médecin en raison d’un symptôme résultant d’un réel problème de santé (anxiété, trouble du sommeil, douleur, état postopératoire etc.). Le patient est efficacement soulagé pendant une certaine période et si le symptôme réapparaît, il est logique que le médicament soit à nouveau prescrit. A ce stade, la cause du symptôme devrait être mise en évidence et soignée afin de pouvoir arrêter le dit médicament à potentiel addictif dans les plus brefs délais. Dans ces conditions, nulle raison de se méfier, si ce n’est que le patient garde en mémoire l’efficacité du produit. Lorsque la prescription se prolonge (au-delà d’un à deux mois), une dépendance physique s’installe presque systématiquement, sans parler encore d’addiction. Cette dépendance est mise en évidence par un inconfort physique dû à l’arrêt brusque du médicament. Ce problème est sans gravité et peut se régler en informant le patient et en arrêtant progressivement le traitement.

A noter que même un traitement de ce type peut s’avérer médicalement indiqué à long terme (par exemple pour douleurs incurables, ou maladies psychiatriques). Dans ces situations, l’addiction ne s’installe que très rarement, pour autant que la médication soit conduite sous stricte surveillance médicale.

On parle d’addiction lorsque la personne poursuit la médication en dehors du cadre de prescription, si elle s’en sert à chaque fois qu’elle est stressée, si elle augmente les doses et continue malgré l’apparition des méfaits liés à sa médication. Un phénomène paradoxal s’installe : alors qu’au début le médicament soulageait les symptômes pour lesquels il a été prescrit, une fois l’addiction installée, ces symptômes réapparaissent d’une manière encore plus importante malgré la prise du médicament. Le traitement a donc perdu son efficacité, mais la personne continue à prendre sa médicamentation pour atténuer les effets du manque.

Comment repérer cette addiction ?

Très souvent, l’installation de ce type d’addiction est progressive et passe longtemps inaperçue ; le danger du médicament est sous-estimé en comparaison à la prise de drogue ou d’alcool. Les signaux d’alarme sont pourtant typiques : « tourisme médical », automédication et prise des traitements des proches, marché noir, administrations dangereuses (injection, inhalation, mélanges avec l’alcool ou autres psychotropes). L’addiction se traduit ensuite par des répercussions sur la santé ainsi que sur les autres domaines de la vie du sujet et de son entourage.

Situations et facteurs de risque de la pharmacodépendance

L’addiction a tendance à s’installer davantage chez des sujets qui y sont prédisposés, mais cette prédisposition n’est pas toujours prévisible. Parmi les facteurs de risque connus, citons la prédisposition génétique, l’addiction préalable à d’autres substances (alcool, drogue ou autre médicament), les situations de stress important, la présence de co-morbidités physiques et psychiatriques nécessitant des traitements complexes. Certaines professions sont à risque, comme le travail dans des milieux médicaux, les voyages (jet lag), ou le travail de nuit. Le médecin va rechercher ces facteurs de risque avant toute prescription de substance à potentiel addictif : il est donc important de l’en informer.

Quels sont les médicaments à potentiel addictif ?

Il faut savoir que tout médicament peut devenir dangereux dans certaines conditions.

Ne sont mentionnées ci-dessous que les classes de médicament à potentiel addictif reconnu :

    * Anxiolytiques et sédatifs (benzodiazépines, barbituriques et autres hypnotiques) ;
    * Analgésiques (analgésiques majeurs mais aussi mineurs et leurs mélanges) ;
    * Excitants (amphétamines, nicotine, ephedrine, caféine, methylphénidate et autres) ;
    * Anesthésiques (produits utilisés lors des opérations, peu accessibles au public non médical) ;
    * Anti-migraineux (mélangés ou pas à la caféine ou aux analgésiques) ;
    * Anti-histaminiques sédatifs (si les reprises sont fréquentes).

Des phénomènes de rebond et d’accoutumance sont également observés avec certains produits à usages locaux (produits vasoconstricteurs dans les gouttes nasales et ophtalmiques, bronchodilatateurs pour l’asthme) et avec des médicaments à base de corticostéroïdes. Chez certaines personnes avec des troubles du comportement alimentaire, nous rencontrons un abus chronique de laxatifs, diurétiques, ainsi que trop de produits sucrés ou contenant du cacao ou du thé. L’anti-diarrhéique lopéramide qui agit sur les récepteurs opioïdes locaux doit se prendre avec prudence. Ne sera pas abordée ici la problématique des abus de sportifs excessifs.

Écrire commentaire

Commentaires : 0