Jean-Paul II ne serait béatifié qu'en 2011

[ source : La Croix 16/03/2010 ]

En raison d’incertitudes sur la guérison inexpliquée d’une religieuse française, le processus de béatification de Jean Paul II pourrait prendre du retard

 

Les milliers de Polonais qui avaient déjà réservé leurs billets d’avion et leurs hébergements romains pour le dimanche 17 octobre vont peut-être devoir réviser leurs projets. Certes, à cette date, Benoît XVI canonisera à Rome six nouveaux saints.

 

Mais la béatification de Jean-Paul II, qu’on imaginait être célébrée aux alentours du 16 octobre 2010, date anniversaire de son élection en 1978, pourrait attendre au moins jusqu’au printemps 2011.

 

Un quotidien polonais, Rzeczpospolita, est venu, le 5 février, donner consistance aux rumeurs romaines persistantes depuis plusieurs jours : la guérison miraculeuse de la religieuse française, Sœur Marie Simon-Pierre, attribuée au pape polonais, ne reposerait pas sur des bases suffisamment solides pour la déclarer inexplicable par la science, ainsi que le requiert le droit de l’Église.

 

"Faites vite, mais faites bien, de façon irrécusable"

 

Dans ce quotidien, le neurologue Grzegorz Opala explique : « Certaines maladies présentent des symptômes de Parkinson mais ne relèvent pas de cette pathologie. Avec des soins appropriés, on peut soigner ces “parkinsonismes”, ce qui n’est pas le cas de la maladie de Parkinson. »

 

À Rome, l’un des sept médecins membres de la commission médicale ad hoc, qui doit remettre ses conclusions après Pâques à la Congrégation pour la cause des saints, aurait émis un doute de cette nature.

 

Par ailleurs, selon certaines informations, Sœur Marie Simon-Pierre aurait connu une rechute de sa maladie. Ce que dément la secrétaire générale de la congrégation des Petites Sœurs des maternités catholiques : « Elle va très bien », a-t-elle déclaré à La Croix.

 

En toute hypothèse, un complément d’enquête apparaîtrait nécessaire. D’où un important délai à prévoir, conforme aux instructions données en son temps par Benoît XVI au postulateur, le prêtre polonais Slawomir Oder : « Faites vite, mais faites bien, de façon irrécusable. »

 

La personnalité du postulateur est critiquée

 

Le pape, qui a reconnu les vertus héroïques de son prédécesseur le 19 décembre dernier, avait dispensé cette cause du délai canonique de cinq années après la mort de Jean-Paul II. Du côté de la congrégation romaine, on se contente de rappeler que la cause est actuellement couverte par le secret de l’instruction.

 

S’il fallait examiner l’une des 271 guérisons inexpliquées dûment recensées à ce jour (la plupart italiennes), il faudrait alors en repasser par l’ensemble du processus : commission médicale diocésaine puis romaine, commission théologique, puis examen et vote par les cardinaux et évêques de la congrégation, pour enfin atteindre la béatification solennellement promulguée par le pape.

 

Ce contretemps survient alors même que la personnalité du postulateur, le P. Oder, est critiquée à Rome pour la récente publication, jugée intempestive, de son livre Pourquoi il est saint.

 

Le postulateur y divulgue de nombreux documents issus du dossier de béatification, et évoque notamment des mortifications que se serait infligées régulièrement Jean-Paul II. Des anciens collaborateurs du pape polonais se sont étonnés de cette publication, peu conforme aux usages, doutant de la véracité des faits exposés.


UNE RELIGIEUSE GUERIE DU PARKINSON PAR LA PRIERE

Sœur Marie-Simon-Pierre, religieuse de la congrégation des Petites Sœurs des maternités catholiques
Sœur Marie-Simon-Pierre, religieuse de la congrégation des Petites Sœurs des maternités catholiques

Depuis quelque temps déjà, une rumeur circulait selon laquelle une religieuse française aurait été guérie de la maladie de Parkinson, deux mois après la mort de Jean-Paul II, par l’intercession de celui-ci.

L’événement, aujourd'hui, éclate au grand jour puisque, Mgr Claude Feidt, archevêque d’Aix-en-Provence, présent à l’Assemblée du printemps des évêques à Lourdes cette semaine, a regagné son diocèse pour y tenir une conférence de presse à laquelle devait participer la religieuse en question : Sœur Marie-Simon-Pierre, religieuse de la congrégation des Petites Sœurs des maternités catholiques, qui travaillait dans son diocèse au moment des faits.

Mgr Feidt comptait d’ailleurs transmettre samedi 31 mars 2007 à ses prêtres un texte à lire aux fidèles ce dimanche, dans lequel il précisait : « Il y aura bientôt deux ans, le jeudi 2 juin 2005 au soir, alors que l’Église entrait dans la solennité du Sacré-Cœur de Jésus, une religieuse de l’Institut des Petites Sœurs des maternités catholiques, de la maternité de l’Étoile, à Puyricard, près d’Aix-en-Provence, a été guérie d’une maladie diagnostiquée comme maladie de Parkinson et qui avait atteint un stade avancé. »

Les actes du procès transmis à la Cause des saints
Le « miracle », faut-il le préciser, n’est actuellement pas encore authentifié par l’autorité suprême de l’Église, mais une première étape a été franchie depuis vendredi 23 mars. Mgr Feidt, en effet, a apposé officiellement son sceau sur le dossier d’instruction de l’enquête qui a été menée selon les normes du droit canonique, déterminant les circonstances exactes, tant au plan médical que spirituel, de cette guérison.

Les actes du procès sont désormais transmis à la Congrégation des causes des saints, au Vatican, et c’est seulement au terme d’une procédure rigoureuse que le cas sera soumis au jugement final de Benoît XVI. Celui-ci, a confirmé à La Croix l’archevêque d’Aix, est déjà informé de l’existence du dossier.

Mgr Feidt valide en tous points le témoignage de Sœur Marie-Simon-Pierre, la religieuse guérie de la maladie de Parkinson – dont, par discrétion pour elle, il ne souhaitait pas révéler le nom, qui a entre-temps été divulgué par la presse.

"La maladie m’a ravagée de semaine en semaine"
Sa maladie, raconte la religieuse, « était latéralisée à gauche, ce qui me handicapait beaucoup, étant gauchère. À partir du 2 avril 2005 (NDLR : jour de la mort de Jean-Paul II), la maladie m’a ravagée de semaine en semaine, je me voyais diminuer de jour en jour, je ne pouvais plus écrire, étant gauchère, ou si je le faisais, j’étais difficilement lisible. Conduire ne m’était quasiment plus possible, hormis sur des trajets très courts, car ma jambe gauche connaissait des périodes de blocage et la raideur ne facilitait pas la conduite. Il me fallait de plus en plus de temps pour accomplir mon travail, celui-ci était devenu très difficile, travaillant en milieu hospitalier. J’étais fatiguée et épuisée. » (Pour lire l'intégralité de son témoignage, cliquez ici)

Pour la Petite Sœur de la maternité de Puyricard, le décès de Jean-Paul II constitue un véritable « effondrement ». « Dans les jours qui suivirent, écrit-elle, je ressentis comme un grand vide, mais en même temps j’avais la certitude qu’il était toujours présent. » Un mois et demi plus tard, le 13 mai 2005, Benoît XVI annonce la dispense du délai canonique de cinq ans pour l’ouverture du procès en béatification de Jean-Paul II.

Dès le lendemain, l’ensemble des religieuses de la congrégation de Sœur Marie-Simon-Pierre, en France et en Afrique, décident de prier sans relâche pour sa guérison par l’intercession de Jean-Paul II. Le 1er juin, raconte-t-elle, « je n’en peux plus, je lutte pour avancer et tenir debout. Le 2 juin après-midi, je vais trouver ma supérieure pour lui demander d’arrêter mon activité professionnelle. » Celle-ci lui demande de tenir encore un peu et ajoute : « Jean-Paul II n’a pas dit son dernier mot. » Elle lui demande d’écrire le nom du pape, et l’écriture reste alors quasiment illisible.

"Je remarquais une légèreté dans tout mon corps"
Plus tard dans la soirée, Sœur Marie-Simon-Pierre ressent soudain l’envie d’écrire à nouveau. À sa grande surprise, l’écriture, cette fois, est tout à fait lisible. Mais c’est seulement le lendemain à l’aube et après avoir prié dans l’oratoire, qu’elle apparaît convaincue d’être guérie : « Je priais devant le Saint-Sacrement. Une grande paix m’enveloppait, une sensation de bien-être. Quelque chose de trop grand, un mystère difficile à expliquer avec des mots. »

Peu après, ayant à marcher pour rejoindre sa communauté, elle s’aperçoit que son bras gauche balance à la marche, contrairement à l’habitude, où il restait immobile le long de son corps. « Je remarquais aussi une légèreté dans tout mon corps, une souplesse que je ne connaissais plus depuis longtemps », précise- t-elle dans son témoignage.

Au cours de l’eucharistie qui suit, la religieuse se souvient d’avoir été habitée « d’une grande joie et d’une grande paix ». Certaine d’être délivrée de son mal, elle décide le jour même de ne plus prendre ses médicaments. Depuis lors, Sœur Marie-Simon-Pierre, qui conclut que « rien n’est impossible à Dieu », est en parfaite santé.

Ayant quitté la communauté de Puyricard, elle travaille à la clinique Sainte-Félicité à Paris – ce que ne souhaitaient révéler ni Mgr Feidt, ni Sœur Marie-Matthieu, directrice de la maternité de Puyricard, mais qui est devenu public dans l’intervalle.

"Apparemment inexplicable"
L’archevêque d’Aix atteste, pour sa part, qu’il a très vite été informé de cet événement « apparemment inexplicable ». Il indique que, lorsque la religieuse a déclaré à son médecin traitant qu’elle avait cessé de se médicamenter, celui-ci s’est évidemment inquiété. Mgr Feidt, pour sa part, est resté en contact avec la religieuse dont il constate la bonne santé physique et mentale. Il rappelle cette affirmation de la constitution Lumen gentium de Vatican II, selon laquelle « un miracle est une confirmation de la présence du royaume de Dieu sur la terre ».

« Pour moi, nous confie l’archevêque, ce que je viens de vivre, à travers cette enquête que j’ai ordonnée, constitue une aventure spirituelle qui le sera aussi, je pense, pour mon diocèse. Un miracle – s’il s’avère au terme de la procédure qu’il y a bien miracle – est un signe. Je le reçois comme tel. Pourquoi cela s’est-il produit dans le diocèse d’Aix plutôt qu’ailleurs ? Je ne veux pas en tirer un quelconque profit. Je me considère, selon une fable de La Fontaine, comme l’âne qui porte la relique », conclut Mgr Feidt en souriant.

Bien sûr, l’archevêque, qui se sent très proche du pape polonais, ne peut pas ne pas souligner ce qu’il considère comme une heureuse coïncidence, entre la clôture de l’enquête aixoise et celle de l’enquête diocésaine « sur la vie, les vertus et la renommée de sainteté » de Jean-Paul II. Il sera d’ailleurs présent lundi 2 avril à la cérémonie de clôture de cette phase du procès de béatification du pape défunt, à Saint-Jean-de-Latran à Rome… tout comme la Petite Sœur de la maternité de l’Étoile, désormais délivrée de sa maladie.